Chez vous, c’est partout.

Le monde est vaste, et de nouvelles modes émergent chaque jour de ses moindres recoins. Mais pourquoi se contenter de suivre la tendance alors qu’il existe des manières vraiment honnêtes de refléter votre personnalité hyper-mondialisée ?

Tout accro à la mode qui se respecte sait que dans ce domaine, c’est au Japon que ça se passe. « Ha, ça ? Je l’ai chopé à Harajuku, le mois dernier » : voilà le genre de phrase qui impose le respect depuis des décennies. Et cette année, les gens vrais et branchés dans votre genre n’ont besoin d’un t-shirt à logo de plus – ni de l’une de ces vestes avant-gardistes débiles avec quatre manches.

Non, ce qu’il vous faut, c’est une veste de travail traditionnelle : un hanten. Supreme vient d’en sortir une avec la marque tokyoïte Sasquatchfabrix, et Visvim en a fait une aussi. Pas question pour autant de faire une confiance aveugle aux marques de skate. Perrier a voulu en savoir plus sur ce vêtement et ses origines. On a donc contacté Tatsuo Hino, pape de la sape pour homme, reconnu de Londres à Tokyo, et il nous a parlé de la signification culturelle du hanten. Car l’idéal, pour se distinguer du commun des mortels, c’est de porter un vêtement qui a du sens, et dont on connaît la véritable histoire.

 

Quelle est la place du hanten dans la garde-robe japonaise traditionnelle ?

En gros, c’est un kimono de pauvre. Les kimonos coûteux étaient en soie, et le prolétariat portait des hanten. Ils sont donc faits en coton. L’hiver, ils les rembourraient pour qu’ils soient plus épais, et un peu isolants. Quant à la coupe, elle n’a pas trop changé depuis l’époque féodale. On trouve encore des vieux hanten teints en bleu indigo, comme ceux que portaient les pompiers à l’époque, et ils ne coûtent pas grand chose, aujourd’hui.

 

Est-ce que c’est le genre de truc qu’on pourrait porter dans la vie de tous les jours, à Tokyo ?

C’est un vêtement qu’on croise assez régulièrement, mais qui n’a pas été beaucoup revisité. Ce n’est pas un truc stylé, c’est un truc que les gens portent au quotidien, sans faire attention. La mode des vêtements de travail, le workwear, c’est un mouvement de fond dans la mode masculine. Il est donc naturel que les jeunes designers pour hommes japonais, ceux qui émergent aujourd’hui, réinterprètent les tenues de travail japonaises traditionnelles.

 

Tu as l’impression que l’intérêt pour les coupes et les designs traditionnels japonais s’est accru ces derniers mois, ou ces dernières années ?

Les gens portent des hanten depuis environ 300 ans. On en porte encore dans certains hôtels traditionnels – on vous en donne une version rembourrée. Donc les designers de Sasquatchfabrix revisitent d’anciennes tenues japonaises de tous les jours – le streetwear de l’époque – mais de manière contemporaine. Pour les formes comme pour les matériaux, ils utilisent de vieilles méthodes japonaises. Ils ont beaucoup recours à la broderie sashiko.

Cela fait 40 ans que la mode de luxe a les yeux rivés sur le Japon. Le streetwear s’y intéresse depuis 20 ans. Pourtant, c’est la première fois qu’une tenue traditionnelle japonaise est réinterprétée par ces milieux…

S’affranchir des normes, c’est important. Avec Internet, on peut acheter des choses venues de n’importe quel coin de la planète – les gens que ça intéresse sont disséminés autour du globe, donc les créateurs peuvent se permettre de prendre plus de risques. Et il y a un côté culte : les jeunes générations sont toujours à l’affût d’un truc japonais.

 

Tu peux nous conseiller d’autres créateurs, ou des fringues ?

Il y a une super marque qui s’appelle Needles. Ils déconstruisent, ils reconstruisent… Ils se basent sur l’idéologie du boro, qui est, fondamentalement, du workwear. Dans le temps, les pauvres ne pouvaient pas s’acheter de nouveaux vêtements, donc ils mettaient des patches dessus. Needles achète parfois de vieux vêtements pour les assembler et en faire de nouveaux, qui ont l’air neufs. C’est une approche assez répandue, aujourd’hui.

Et voilà, vous savez enfin tout ce qui se cache véritablement derrière le hanten. Alors, la prochaine fois que quelqu’un vous accoste au bar et vous dit «j’adore ton style », souriez-lui et souvenez-vous : un bon style, ça ne s’achète pas.

 

 

 

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