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Urbex : au coeur de l'Exploration Urbaine
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12/06/2019
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L’Urbex, abréviation anglaise d’exploration urbaine, est un mouvement né et médiatisé dans les années 90 par Jeff Chapmann (aka Ninjalicious), éditeur canadien du célèbre magazine Infiltration, devenu bible vénérée par les urbexeurs et les aficionados de la discipline. Aujourd’hui reconnu à l’échelle internationale via notamment les réseaux sociaux, le mouvement tend à saisir par l’expérience et souvent par l’image photographique la magie extraordinaire résidant dans les lieux oubliés, abandonnés, difficiles d’accès voire interdits.

Qui n’a pas déjà vu un cliché de ces salles de châteaux abandonnés aux allures féeriques dans lesquelles semblent vivre encore quelques personnages de contes pour enfants ? Ou encore de ces parcs d’attractions désaffectés et autres sanatorium désertés cachés au fin fond des bois ? Récemment, des vues inédites de villes japonaises fantômes envahies de végétations et de réacteurs nucléaires soviétiques oubliés ont fait le tour de la toile. Des urbexeurs intrépides et aventuriers les avaient sans doute repérés via GoogleEarth (une mine d’informations des plus précieuses!) et ne s’imaginaient pas que les amateurs resteraient dubitatifs par rapport à la véracité des clichés ramenés par les explorateurs urbains, contrairement aux amateurs de photographie contemporaine qui ont vu dans la démarche un genre nouveau de la photographie documentaire représenté notamment par des artistes stars comme les anglais James Kerwin, Andy Kay, le hollandais Daan Oude Elferink, et plus près de chez nous, le belge Fred Sablon et le duo Silent_explorers que nous avons eu le plaisir de rencontrer le temps de quelques questions.

Le succès de l’urbex grimpant à la même vitesse que celui d’Instagram, le mouvement subit régulièrement les critiques et rencontre même une perversion dans une pratique excessive dans laquelle le duo ne se reconnaîtra jamais. La soif du scoop et de l’endroit exclusif pousse certains individus à enfreindre les règles suivies pourtant à la lettre par les puristes de la discipline dont le duo Silent_explorers fait partie.

Comment et à quel moment est née cette passion de l’urbex ?

Notre rencontre avec l’urbex (et aussi notre rencontre à tous les 2) date d’il y a 3 ans.

Le premier lieu, celui qui a éveillé notre curiosité et déclenché la passion que nous vivons aujourd’hui, c’est le château de Noisy (connu par les urbexeurs comme château Miranda). On voyait beaucoup de photos circuler sur les réseaux sociaux et ce lieu avait l’air tellement magique, comme sorti d’un conte de fées, qu’on a voulu le visiter en vrai. Cette première exploration a mis le feu aux poudres et depuis lors, nous sommes toujours en quête de nouveaux spots. Aujourd’hui détruit, Miranda reste pour nous un emblème de notre rencontre et de la naissance de notre passion pour l’urbex.

Pour quelle raison choisissez-vous de visiter tel ou tel lieu ?

Au départ il y a souvent une photo que l’on voit passer sur les réseaux. Si l’endroit nous parle, qu’il provoque quelque chose en nous, on va partir à sa recherche jusqu’à le trouver. Il faut que l’endroit corresponde à nos critères personnels de l’urbex, à savoir qu’il soit visiblement abandonné, que les signes du temps soient présents et si possible, que l’architecture ou le mobilier soient relativement préservés. C’est avant tout l’âme d’un lieu que l’on recherche, l’émotion qu’il peut provoquer.

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Quels sont les risques de l’urbex ? La peur et l’adrénaline sont-elles toujours présentes voire indispensables ?

Les risques sont assez nombreux, qu’ils soient physiques (chute, effondrement…), légaux (police, voisinage vigilent ou propriétaire) ou encore humains (squat, mauvaise rencontre). Le risque principal, c’est surtout d’avoir fait un déplacement de plusieurs centaines de kilomètres pour un spot qui ne s’avère plus faisable (démoli, fermé ou en restauration). Ça, c’est un gros facteur de frustration, même si cela nous fait plaisir de voir qu’un endroit a été réhabilité et sauvé. Mais on apprend à conjuguer avec ces facteurs de risque. Dans notre cas, la prudence est toujours de rigueur. Si les fondations du bâtiment ne sont plus assez stables, on préfère renoncer plutôt que s’obstiner pour une photo. Le stress, l’adrénaline sont toujours présents au début de l’exploration, même avec l’expérience (et plus de 145 spots visités). L’arrivée sur les lieux est toujours angoissante parce que c’est là que tout se joue. Il faut être prudent et discret au risque de compromettre toute l’exploration. Une fois à l’intérieur du spot, l’exploration commence et l’émerveillement prend souvent le pas sur la peur.

Quels sont les ingrédients indispensables à la réalisation de l’image parfaite ?

Notre démarche étant de préserver les lieux par limage, nous ne forcerons jamais une entrée ni une fenêtre. On n'entre que si c'est ouvert, on limite les échanges au maximum, et on visite les lieux dans le respect le plus total (on ne fouille pas, on ne déplace pas, on n'altère pas) avec pour but d'en témoigner dans une démarche artistique.

Ce qui est nécessaire en premier lieu c’est l’âme de l’endroit. Il faut qu’on y ressente quelque chose qui transparaisse dans l’image. Ensuite, il faut que le déclin du spot soit apparent. Trop propre ou en trop bon état, le spectateur ne verra pas qu’il s’agit d’un lieu abandonné. Un mobilier ou une architecture significative apporte toujours un plus appréciable. Très important aussi : la lumière. On a pu remarquer avec l’expérience que les photos prises juste après le lever du soleil sont souvent les plus réussies. Au niveau technique, le matériel est de première importance aussi : boîtier résistant à l’humidité et la poussière, grand angle, trépied, longue pose… Les spots sont souvent sombres et on peut aussi manquer de recul dans certaines pièces donc il faut un bon matériel pour restituer les lieux dans les meilleures conditions possibles. L’image parfaite, c’est celle où le spectateur a l’impression que les habitants du lieu ont disparu soudainement en laissant tout en plan.

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Votre image préférée ? Racontez-la nous.

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Pour ce cliché, on se trouve dans une villa en plein milieu de la campagne. La configuration est assez complexe car la villa abandonnée est entourée de fermes en activité et de maisons occupées. La discrétion est donc de mise. Comme il est impossible de se garer discrètement, on décide de faire l’exploration chacun à notre tour, ce qui n’était jamais arrivé avant et ne nous est plus arrivé depuis. Pour arriver jusqu’à la villa, il faut passer une barrière végétale assez dense. Ça on en a l’habitude ! Une fois à l’intérieur, les yeux s’écarquillent : une grande partie de la toiture est effondrée, mais les moulures, les peintures murales et au plafond témoignent du faste d’antan. On ne le dirait pas, mais c’est l’un des lieux où on a pris le moins de photos et où on s’est le moins éternisé. Pris par le temps, on fera vite ce cliché qui contient tout : vestiges du passé, déclin et reconquête de la nature. Au final, l’une des photos les plus populaires que nous avons publiées jusqu’à ce jour ! Preuve que la magie opère, malgré les conditions de prise de vue…

 

Tous les clichés et vidéo sont sous copyright Silent_explorers.

Instagram : @silent_explorers

 

Rédacteur : Didier Brouwers